Matthias, Expert Mons
Lucie Jannet – La Province - Samedi 9 avril 2011
Comme dans la série, le Montois Matthias Gosselin analyse les insectes trouvés sur les corps pour faire avancer les enquêtes Depuis quand la victime est-elle décédée ? A-t-elle été droguée ? A-t-elle absorbé des médicaments ? Matthias Gosselin, 31 ans, essaie de répondre à toutes ces questions en étudiant les insectes qui se nourrissent des cadavres en décomposition. Il travaille au sein de l’Institut National de Criminalistique et de Criminologie. Le Montois est assistant chercheur. Son travail est aussi de développer cette branche de l’entomologie (l’étude des insectes) criminelle. À quelques kilomètres de Bruxelles, l’Institut National de Criminalistique et de Criminologie est installé à Neder-Over-Heembeek, non loin de l’hôpital militaire. Pour entrer dans les bâtiments, il faut montrer patte blanche. La deuxième porte du sas ne s’ouvre pas tant que la première n’est pas fermée. À l’intérieur, dans chaque service, dans chaque salle de travail ou laboratoire, il faut être équipé d’un badge magnétique.

C’est là-bas que Matthias travaille. Le Montois est assistant chercheur. Il s’est spécialisé dans l’entomotoxicologie légale. Le mot est barbare. Concrètement, il travaille pour la justice et les enquêtes criminelles. Il étudie les insectes qui se nourrissent des cadavres pour savoir si les victimes ont pris de la drogue, des médicaments ou d’autres substances.
“ L’institut est un laboratoire fédéral, précise Matthias. Il y a des personnes qui travaillent sur la balistique, sur la génétique, sur la biologie… Dans notre service, ce sont les insectes. ” En cas de mort suspecte, le service peut être appelé par un magistrat, n’importe où en Belgique. Reste que Matthias n’intervient que sur les cadavres en décomposition, ceux qui ont séjourné dans l’eau ou ceux qui ont été découverts après plusieurs jours… Sur un cadavre “ normal ”, les experts analysent plutôt le sang, l’urine, les organes. Mais toutes ces matières se dégradent vite… Sur un corps en décomposition, les insectes restent une source d’information fiable. “ Les insectes sont très résistants, explique Matthias. On peut retrouver des restes d’insectes longtemps après la mort, des années après. ” Le Montois étudie donc des asticots, des mouches, des coléoptères…
Rares sont les personnes qui vivent de cette science et de cette “ passion ”. “ Ceux qui y travaillent à temps plein ne sont pas nombreux en Belgique. Nous devons être une petite dizaine. Dans le monde entier, nous devons être une centaine. ” Et dans l’entomologie criminelle, aussi appelée entomologie forensique, Matthias s’est encore spécialisé. Il étudie les traces toxiques trouvées sur les insectes. Le service est tout nouveau. Désormais, Matthias intervient moins sur le terrain. Il est chargé de développer cette science récente qui a encore plein d’avenir devant elle. Matthias est doctorant, il termine sa thèse sur le sujet.
“ La première investigation a porté sur un corps en décomposition avancée. L’urine, le sang et les organes n’étant plus disponibles, les analyses toxicologiques ont été réalisées sur des asticots d’un Calliphoridé. Et les résultats ont permis de confirmer le suicide par prise de barbituriques. À la fin des années 1980, c’est un empoisonnement à l’insecticide qui a été confirmé. ” Les produits toxiques influencent le développement des insectes. En fonction des espèces, ils peuvent l’accélérer ou le retarder. La cocaïne ou l’héroïne, par exemple, peuvent accélérer le développement de larves de mouches. Toutes ces informations permettent aussi d’obtenir des précisions sur le moment de la mort. C’est dans la région bruxelloise que Matthias est intervenu sur son premier corps en décomposition, avec son kit de prélèvement. “ Au début, ce n’est pas facile. On ne sait jamais comment on va réagir devant un cadavre humain. Il faut avoir le cœur bien accroché, il faut aussi avoir le nez bien accroché… ”
Portrait
Sa passion : Déjà gamin, Matthias était fasciné par les insectes. “ J’admirais déjà leur comportement, j’aimais bien les regarder, explique-t-il. Je me souviens que je sortais dans les bois et je me faisais des boîtes d’insectes que je ramenais à la maison. Les insectes représentent quand même le groupe animal le plus important sur terre. Ils interviennent dans notre vie de tous les jours.”
Son parcours : Matthias, aujourd’hui âgé de 31 ans, est montois. Il fait la route tous les jours pour rejoindre Neder-Over-Heembeek, près de Bruxelles. C’est là qu’est installé l’Institut National de Criminalistique et de Criminologie. Matthias a fait ses études à l’université de Mons, dans le laboratoire de zoologie. “ Ils font l’entomologie. J’ai eu un cours sur l’entomologie médico-légale ou criminelle. Cela m’a donné envie d’en savoir plus. ” Un poste s’est ouvert à l’Institut de Criminologie. La profession est rare. Le centre a donc contacté les universités. Cela fait maintenant 7 ans que Matthias travaille là-bas.
Sa famille : Matthias est marié, père de famille. Sa femme, Valérie, est accoucheuse à La Louvière. “ Elle s’occupe de la vie, et moi, de la mort.” Le Montois a deux petits garçons : Benjamin, 2 mois et Nathan, 4 ans. “ Il a déjà quelques outils et des filets. On va capturer quelques insectes, des coccinelles, des fourmis et on les regarde. ” Nathan aime beaucoup les araignées, pour le plus grand plaisir de sa maman…
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