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La Voix du Nord : Speed Dating au Forum des Sciences

Publié par Damien CHARABIDZE

LES VISAGES DE L’ACTUALITÉ : LES EXPERTS DE L’IML DE LILLE

Ils seront ce soir au Forum des Sciences pour expliquer leur métier. Les « experts » de l’Institut de médecine légale de Lille, médecins, biologistes ou dentistes, seront aux côtés de magistrats, de policiers et d’auteurs de polars pour un « speed dating » du crime. L’occasion de tordre le cou aux clichés de leurs avatars télévisés de Miami ou de Manhattan. Ils ont commencé à régler leurs comptes avec nous.

PAR MARIE VANDEKERKHOVE

Article sur le site de La Voix du Nord


- Des enquêtes comme dans les séries américaines ? Forcément, non. « Aux États-Unis, les médecins légistes ont un pouvoir d’enquête, pas en France. Ici, nous sommes des auxiliaires de justice, notre organisation est beaucoup plus cloisonnée », répond le Pr Valéry Hédouin, patron de l’IML de Lille. Le médecin travaille aussi bien sur les vivants (dans le cadre de violences entre conjoints, sur enfants…) que sur les morts. Il procède ainsi à la levée du corps, en donnant un avis sur le caractère suspect de la mort, procède à l’examen du cadavre et éventuellement à son autopsie. Et contrairement à la télé, « en vingt ans de carrière, je n’ai connu qu’un seul tueur en série » (NDLR, Denis Waxin, condamné à perpétuité en 2003 pour le viol de quatre fillettes et le meurtre de trois d’entre elles).

- Peut-on identifier une personne avec une seule dent ? Possible, en théorie. « Nous nous basons sur douze points concordants.

Si nous pouvons comparer avec le fichier dentaire, on peut avoir la réponse très vite, en quelques heures », analyse le Dr Anne Bécart, chirurgien-dentiste à l’IML. Ce sont ainsi ses dents qui ont permis d’identifier Lætitia, disparue en Loire-Atlantique, dont le corps mutilé a été retrouvé il y a quelques jours. Policiers et gendarmes ramènent les dossiers détenus par le dentiste : aucun fichier national n’existe, la CNIL ne le permettrait pas.

- Les insectes présents sur le cadavre renseignent-ils sur la date du crime ? Oui et non. Attirés par l’odeur, à des kilomètres à la ronde, les nécrophages se présentent toujours dans le même ordre. Premiers arrivés, les asticots. « Leur stade de développement permettra de donner des indications sur le moment de la mort. S’ils ont fini de se développer, la datation sera moins précise », explique Damien Charabidze, entomologiste à l’IML. Sans les insectes, la décomposition est dix fois plus longue.

- Les experts peuvent-ils se tromper ? « Contrairement aux séries télé, nous ne travaillons pas à l’intuition, mais avec méthodologie et rigueur », insiste le Dr Bécart. Leurs travaux sont utilisés lors des procès d’assises. « La médecine n’est pas une science exacte, c’est un faisceau de présomptions. Aujourd’hui, présidents de cours d’assises et avocats comprennent que nous ne soyons pas toujours affirmatifs », insiste le Pr Hédouin. C’est toujours la police ou la gendarmerie qui mènent l’enquête, et le jury qui condamne. •

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