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La Voix Du Nord : Congrès de Médecine Légale

Publié par Damien CHARABIDZE

Au labo d’entomologie, la médecine légale dans les règles de larve

Hier, au deuxième jour du Congrès international de médecine légale, un cycle de conférences était dédié aux insectes. Son coordinateur, Damien Charabidze, est depuis décembre le jeune chargé de recherche en entomologie de l’institut médico-légal (IML) de Lille. Il décortique pour nous une discipline qui fait parler les mouches.

Article sur le site de La Voix Du Nord


Il a 26 ans, une barbe de trois jours, une allure de prof de tennis et une gueule de pub pour after-shave. Mais voilà, Damien Charabidze ne jure que par les « mouches à merde », les « mouches à viande », les larves, les asticots, et tout ce que l’on nomma longtemps « les escouades des travailleurs de la mort ». L’an dernier, ce natif de la banlieue parisienne soutenait sa thèse de doctorat sur « la modélisation informatique du développement des insectes », qu’il résume par « faire des asticots virtuels ». Depuis six mois, il est le chercheur du laboratoire d’entomologie de l’IML de Lille, seul de son espèce en France avec l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN) de Rosny-sous-Bois. Dans son laboratoire, au-dessus de la morgue, il réalisera en moyenne une vingtaine d’expertises entomologiques par an. Sa question ne varie jamais : « À quand remonte la mort ? » Les mouches ont la réponse.

« Là où on est le plus efficace, c’est entre trois jours et un ou deux mois », précise le « passionné de bestioles en général », qui, petit, entretenait un cheptel de phasmes et de criquets avec le blanc-seing parental. « Les mouches, c’était pas mon truc. » Pas rancunières, elles forment aujourd’hui ses bataillons d’indics.

Les huit escouades

Plusieurs jours après le décès, ni la rigidité, ni la lividité, ni la température du cadavre ne sont plus d’un grand secours pour la datation. C’est là que les diptères prennent le relais. « Lorsqu’il y a un cadavre, les mouches le détectent et viennent pondre sur lui. Elles arrivent toujours à passer. Puis les asticots se développent et mangent les tissus en décomposition. » Dès lors, cette vermine pour pêcheurs se mue pour l’entomologiste en « preuves » à consigner et conserver. Pour peu qu’elles aient parlé.

Du prélèvement dépend la réussite de l’expertise. « Il y a encore beaucoup de légistes qui passent un coup de bombe insecticide. » Lui, au contraire, prélève une partie de la masse grouillante (chaque mouche pond en moyenne 200 oeufs) ou des pupes, chrysalides à la mode mouche, pour les ramener, avec d’infinies précautions, dans ses « élevages » de laboratoire. Là, elles sont bichonnées et nourries de steak haché, dont elle se paie le luxe d’écarter les morceaux de gras. Jusqu’à ce qu’elles donnent au chercheur ce qu’il attend : leur transformation, en pupe pour les asticots, en mouche pour les pupes. À partir de ce point, Damien Charabidze peut remonter jusqu’au jour de la ponte, et déduit le jour de la mort. Il intègre pour cela des données comme les variations de température (« On appelle Météo France »), et évidemment les espèces. Mégnin, à la fin du XIXe siècle, avait théorisé les « huit escouades » des travailleurs de la mort, spécifiques à chaque phase de décomposition. « Mais depuis vingt ans, on se rend compte que ça ne marche plus, même si on en entend encore parler dans Les Experts… » Chez lui, à Lille, Damien Chara-bidze n’élève plus ni phasmes ni criquets. Les « bestioles » du travail suffisent. Itou, sans doute, pour ses collègues de l’IML. « C’est pas très agréable pour les bureaux voisins, la viande en putréfaction sent mauvais, les asticots se sauvent facilement, accorde le jeune homme. Mais ils restent marrants, bêtes comme tout quand ils sont seuls, mais avec des comportements pré-sociaux, grégaires. » Pas sûr que ses attendrissements soient contagieux. Dix ans ont passé depuis qu’un chercheur de la Catho, Benoît Bourel, qui fut le directeur de thèse de Damien, a donné corps à l’entomologie médico-légale à Lille. D’où vient alors cette impression que la spécialité, plus biologique que médicale, reste cantonnée à la marge ? « La collaboration pourrait être largement développée », avance prudemment Damien. On croit sentir que les asticots suscitent encore quelques réticences. Fussent-elles larvées. • S. B

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